VINGT ET UNE MILLE SIX CENT

21 600.

Le nombre pile d’heures avant le bonheur. Ou plutôt qui allaient faire naître ce bonheur que je n’attendais plus.
Depuis cette incursion dans une enclave espagnole, de bruit, de tapas et de bonne humeur. Une soirée agréable. Sans un nuage. Si, un. Mais je ne savais pas encore à quel point ce nuage allait bouleverser ma météo intérieure…
Jusqu’où il allait m’emmener.
Me ramener.
À la vie.
La vraie.
Celle qui palpite, qui a la bougeotte, qui rit, qui pleure, qui s’enthousiasme, qui s’effraie, qui s’enfuie, qui revient, qui espère, qui rêve, qui n’y croit plus, qui y croit encore, qui s’en mord les doigts…mais recommence à la première occasion.
Cette vie qui en a profité pour se rappeler à mon souvenir.
Parce que je l’avais oubliée.
Parce que j’avais voulu l’oublier.
Pour ne plus être en état de dépendance.
En situation de risque.
Pour éviter les problèmes. Les complications.
Comme on évite les friandises pour ne pas risquer l’obésité.
Sans doute je n’attendais qu’une bonne raison.
Une vraie raison.
Pour arrêter le régime sans Elle.
Pour dire « Je veux bien ! »….

Je veux bien.
Risquer l’obésité du cœur, la surcharge pondérale du palpitant.
Je veux bien avoir mes artères bouchées par toute l’émotion qui peut y circuler.
Je veux bien me taper tous les infarctus de tendresse qui soient.
Je veux bien être bouffi de bonheur.
Je veux bien m’attraper toutes les affections qui passent.
Je veux bien avoir toutes les maladies d’amour qui existent.
Et même celles qui n’existent pas encore.
Sauf une. La plus terrible, la plus insupportable, la plus douloureuse.
Sans remède, sans rémission, sans issue.
L’absence d’amour.

Je préfère toutes les souffrances à celle-là. Parce qu’elle est la pire.
Celle qui nous renvoie à notre néant.
Celle qui nous fait oublier ce qu’est la vie.
Sartre disait « L’enfer, c’est les autres ».
Je crois, au contraire, que l’enfer c’est le manque des autres.
Je préfère tous les bruits à ce silence.
Même ceux qui blessent mes oreilles.
Une oreille blessée est une oreille vivante.
Comme le cœur. Un cœur qui saigne est un cœur qui vit. Qui bat.
Et il n’est jamais certain qu’il saignera. Jamais.
Mais tant que je vivrai il battra.
Tant que j’aimerai il battra.

Parce que l’amour est un moteur. Le moteur.
Qui nous fait avancer vers l’inconnu et y découvrir à quel point tout ce qu’on y trouve est plus fort, plus grand, plus inimaginable.
Que ce que l’on n’avait jamais pu imaginer.
Bien plus.

Comme la peur que l’on avait de s’y aventurer.
Bien plus forte et prenante et paralysante que n’importe quelle autre peur.
Comme cette irrésistible envie de s’enfuir qui n’arrive pourtant pas à s’affranchir de cet insatiable désir de connaître.
De savoir. De voir. Si on a eu raison. De rester.
Au lieu de prendre ses jambes à son cou.
De rester malgré les pièges éventuels. Les dangers potentiels.
Éventuels. Potentiels. Des points d’interrogation. Aucune certitude. Juste une possibilité. C’est bien là tout le dilemme. Le choix. Ou le non-choix.

Qu’est-ce que je peux y gagner ? Qu’est-ce que je vais y perdre ?
Je gagne ce que j’y apporte, j’y gagne ce que je donne.
De l’amour. Du bonheur.
Ce goût incomparable qui comble si longtemps les lèvres d’un baiser donné, d’un baiser reçu. Cette joie constante qui rend plus léger que l’air.
Des coups, aussi, parfois.
Des coups bas, des coups tordus, des coups à l’estomac, des coups si violents qu’ils nous soulèvent le cœur.
Nous faisant parfois croire qu’on va en mourir.
Parce que nous sommes vivants.
Malgré tout. Ou à cause de tout.
À cause de tout cet amour dont nous sommes emplis.
Qui aide à supporter ces coups. Qui aide à rester vivant.

On y perd ce qu’on a voulu protéger. Ce qu’on n’a pas voulu risquer.
Bien sûr, on ne le sait pas tout de suite.
Mais, peu à peu, le cœur se sent à l’étroit dans cette carapace censée le protéger.
Et il finit par étouffer, il finit par s’étioler, il finit par se fatiguer.
Comme il est fatigué, il se met à battre moins vite.
Et moins il bat, moins on vit.
Et moins on vit, moins on a envie.
De se battre pour la seule chose qui compte.
Celle qui fait de chaque vie une aventure unique et irremplaçable…

Merci aux 21 600 heures qui viennent de s’écouler.
Merci d’avance à celles qui vont leur succéder.
Merci au temps.
Qui me rapproche, à chaque seconde, un peu plus de toi quand tu n’es pas là.
Qui ne s’en va pas trop vite les quelques fois où je peux être avec toi…
Merci à l’espoir d’exister avec autant de pugnacité.
Merci à toi d’être aussi belle.
Aussi belle dedans, aussi belle dehors…
Merci à toi de m’inspirer tout ce que tu m’inspires.
Merci à toi de m’avoir ramené.
À la vie.
Merci à toi de me donner tellement envie de respirer.
À pleins poumons. Longtemps.
Pour avoir longtemps le bonheur de t’avoir dans ma vie.
Une vie avec nuage.
Mon Petit Nuage…

Léo Myself – « Dans une vie antérieure » – 2007 > 2013

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