La cagouille

Juste là. Posée sur ma porte. Au dessus de la poignée.
Instinctivement, je l’appelle en charentais. « Cagouille ». Bien que mes origines soient bien plus d’Euskadi. Mais il n’y en a pas dans cette région. On ne les y cultive pas.
Pas très grosse. Donc encore jeune. Je m’approche. Je commence à lui parler.
Ça m’arrive. Parfois. D’essayer de discuter. Avec celles et ceux à qui personne ne dit jamais un mot.
Je lui demande ce qu’elle fait là. Perchée à un bon mètre du sol. Rapporté à notre taille c’est se trouver en haut d’un immeuble de 7 étages ! Elle me répond.
Oui je comprends le « cagouille ». Aussi.
Qu’elle ne sait pas trop. Comment elle est arrivée ici. Qu’elle se sent un peu perdue. D’autant qu’à cet instant elle ignore si elle est « garçon » ou « fille ». Si vous ne le savez pas, les gastéropodes changent de sexe. En fonction. Des circonstances. De l’envie.
Ça fait rêver… Quelques uns et quelques unes. Au moins.
Elle me dit qu’elle se sent un peu bloquée. Sur cette paroi verticale.
Qui lui donne le vertige. Pas un geste ne lui semble sans péril.
Je lui demande de patienter. Le temps de lui confectionner un sac de couchage. À sa dimension. Pour qu’elle se glisse dedans. La nuit va venir. Et le froid tomber. Elle sera au chaud.
Je lui donne aussi un conseil. Hérité d’un ami. Voilà quelques jours à peine.
Enduire avec du beurre. Le sac de couchage. Pour mieux glisser.
Point de beurre, me dit-elle. Etonnant pour un charentaise !… Qu’à cela ne tienne.
J’ouvre mon frigo, en attrape et le lui ramène.
Oui mais je vais déraper, tomber peut-être, me rétorque-t-elle…
Faut savoir, la cagouille ! Tu veux bouger ou non ? Rester où tu te trouves et te faire écrabouiller ? Par un voisin ? Moins attentionné. Que moi.
Je lui fais gentiment remarquer. La chance qu’elle a. Que je m’occupe d’elle.
Qu’elle n’ait pas pris le vol Barcelone-Dusseldorf.
J’ai entendu les infos. Entre ma porte et celle du réfrigérateur.
Encore des vies qui s’envolent…mais n’atterrissent pas.
Alors, ta gueule, la cagouille ! Tu as une maison qui te suit partout. Tu peux céder à toutes les tentations de la chair, avec qui tu veux. Comme tu veux. De quoi te plains-tu ? J’y suis allé un peu fort. Je l’admets. Elle s’est mise à baver. Sa façon de pleurer. Sans doute.
Pris de remords, je l’ai délicatement attrapée.
Déposée dans mon jardin.
Elle a repris son chemin.
S’est retournée. M’a souri.
Aujourd’hui, je n’ai pas sauvé le monde.
Ni empêché ce terrible accident d’avion.
Juste aidé une cagouille.
À continuer sa vie.
Déjà bien.
Même si j’aimerai.
Faire plus.
Beaucoup plus…

« Les petits gestes du quotidien, aussi futiles puissent-ils paraître, ne sont que des fondations. Pour un monde meilleur. J’aime le croire. »
Léo Myself

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