BON PIED, BON OEIL

Après un long silence empli de points d’interrogation, elle m’annonça, d’une voix clairement sous contrôle : «  Votre pied est serein et détendu…». Ouf, me dis-je, in petto et en moi-même (car je parle couramment les deux langues), me voilà soulagée. Au niveau pédestre en tout cas.
« Mais,ajouta-t-elle, votre narine droite m’a l’air de frôler la dépression…».
Merde, ça ne sent pas bon cette histoire (enrichissant par là même le vocabulaire des 2 idiomes sus évoqués). Mon regard, mêlant interloquage soudain et incompréhension profonde, doit être un signal. Évident. Abrupt. Sans concession. D’où son rétorquage aussi immédiat que spontané. « Pourquoi la droite ? ». La déprime a choisi son côté ? À gauche, tout va bien ? Pas de doute ? Ni question existentielle ? Voire existentialiste ? Quitte à pousser le bouchon… Vu que je suis Saint-Émilionnaise. Presque. À 3 rangs de merlot près. « Écoutez,poursuit-elle, si vous êtes venue, c’est que vous avez besoin d’aide. La bonne nouvelle, vous aider, c’est mon boulot. » Effectivement. Une bonne nouvelle. C’est un poil redondant. Pour souligner l’alignement des planètes. Entre le Mercure de mon besoin, si bien identifié. Et le Pluton (2 fois pluton qu’une, désolé, je n’ai pas pu résister) de son savoir. Si savant. Si précieux. Puisqu’il doit m’indiquer l’issue. Dans ce méli-mélo. Où ORL égale « Oublier – Remémorer – Larguer ». Faut pas m’en vouloir. Parce que j’essaie. D’être moins basque. De devenir la sibérienne. Que ma chevelure prétend signaler. Basque je suis, basque je reste. Sibérienne un jour, si pérenne un autre. C’est la raison. S’il y en a une. Pour laquelle. Je suis en présence. De cette spécialiste. C’est écrit sur la plaque de son cabinet. J’en ris depuis toujours. Pourquoi un cabinet ? On vient y déverser son trop plein ? Y chier l’excédent ? Le surplus ? Mal digéré. Des parts trop copieuses. Trop indigestes. Que la vie nous sert et nous ressert. À l’envie. Justement. Quand elle nous manque le plus. L’envie. Bref. Je continue. À être attentive. Concentrée. Mais son histoire de « pied serein » me trotte dans la tête. Il y a la place pour. Précisément. C’est l’objet de ma visite. L’espace. À remplir. Là. Juste là. « Et votre coude, comment va-t-il ? Rien de spécial ? ». Triple buse, à part être capable de se lever de façon idoine, à quoi servirait-il ? Un aparté : pour quelle raison la buse est-elle, ainsi, symbole de simplisme, voire de simplicité (au sens médical du terme, bien entendu). Perso, je serais assez chiffonnée. Par ce raccourci aussi malséant que dénué de tout fondement. La buse est un oiseau de proie. Donc doué d’une vue particulièrement aiguisée, d’un vol rapide, efficace et précis. De serres puissantes. Affutées. Dans le but d’atteindre. Son but. J’attends toujours l’explication. Qui en a fait l’illustration. De la bêtise incarnée.
Bon, OK. Je dérive.
Les vertébrés tétrapodes bipèdes ailés n’y sont pour rien.
Tandis que l’autre, si.
Elle est en train de m’emmener. Dans de drôles de nuages.
Les cumulo-imbus de son maigre savoir.
Les strato-cunilingus égarant sa langue.
Perdue dans des verbiages sans complément d’objet.
Direct au menton. Indirect, ment-on ?
Errant aux confins.
Du savoir. Du faire. Du savoir-faire.
Sans jamais croiser le faire-savoir.
Posture. Imposture. Rien ne dure. Rien n’est sûr.
On cherche à nous faire croire.
Que des raccourcis existent.
J’ai viendu. J’ai rien comprendu. Je suis repartue.
Si je n’ai rien gagné, je n’ai pas perdé grand chose.
Sauf mon temps. Et un peu d’argent.
Que me rendra la Sécu.
Elle essaie de m’emmener.
Où je n’ai aucun désir d’aller.
Parce qu’elle ne connaît rien.
L’orthophoniste.
Si ce n’est enchaîner voyelles et consonnes.
Quand c’est elle. Qu’on sonne.
Elle ne sait rien.
De ce que qui est en moi.
De ce qui m’appartient.
De ce je peux vouloir dire.
De ma destination.
De ma destinée.
Même pas là.
Où j’aimerai.
Poser le pied.
J’aurais mieux fait.
D’aller voir.
Un orthopédiste.

« La meilleure façon de marcher, c’est de mettre un pied devant l’autre. Et garder les yeux ouverts. Sur le chemin. Que l’on défriche…»


 Léo Myself

 

Cet article a été publié dans MÉTÉO INTÉRIEURE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s