L’erreur

Je ne sais pas. Comment ce fut possible. Cette erreur. Qui me poursuit. Depuis que je suis né. La faute à l’employé d’état civil.
Cette erreur. Qui a changé toute ma vie. Transcrire ma date de naissance à l’encre indélébile. Figée. Fixée. Pour toujours. Impossible, alors, de vivre. Ma vie.
Comme j’aurais voulu. Etre jeune quand ça me plaisait. Etre vieux lorsque ça me convenait. Correspondre aux époques. Ou pas. Mais avoir l’âge que j’avais envie d’avoir. Je croyais pourtant. Que ça devait se passer ainsi. J’avais compris ça. Dans le ventre maternel. J’y avais passé neuf mois. Et lorsque j’en suis sorti, mon compteur était à zéro.
Génial, me suis-je écrié ! En moi-même et en bébé. Je parlais couramment les deux langues. Déjà. Précoce.
Précocité linguistique malheureusement limitée. N’intégrant pas encore le langage administratif. Et puis le règlement. Trop jeune pour m’occuper moi-même. Des formalités relatives à ma naissance.
Ce fut sans doute un de mes parents. Qui s’en chargea. Pris par l’émotion. Il n’a pas été vigilant. Pas assez. Il laissa faire le fonctionnaire.
C’est ainsi. Qu’au fil des années, le compteur tourne dans le même sens. Inexorablement. Empilant les anniversaires. Témoins de mon âge. L’officiel. Le déclaré. L’inchangeable. Pourtant, ce n’est pas le mien. Selon les moments. Les envies. Les rencontres.
Les amours. Les désamours aussi.
J’aurais bien aimé. Commencer. Par être à la retraite. Plutôt que bosser pour des prunes. Pendant vingt ans. Sans autre objectif. Qu’un bac. Un DEUG. Ou je ne sais trop quoi. Sans salaire. Sans reconnaissance. Et là, on nous dit. Que c’est seulement le début…
J’aurais bien aimé. Commencer. Par la retraite. Alors j’aurais pu apprendre. Le monde, les gens, la vie. Profiter. De tout ce que l’existence a de plaisant. Et de déplaisant. Ça peut toujours servir…
Sans épée de Damoclès. Pesant sur mon avenir. Puisqu’il adviendrait.
Seulement quand je serais prêt. À le choisir. En toute connaissance. De cause.
Moins con. Plus conscient. Du monde qui m’attendait. Vu que ça faisait un bout de temps. Que je le parcourrais. Grâce à la retraite.
J’aurais alors décidé. Études, métier, famille, enfant(s). J’aurais pu faire tout ça.
Avec plus de sagesse. Moins d’erreurs.
Cette vie faite, j’aurais décidé.
D’être jeune. J’en aurais accepté toutes les contingences.
J’aurais rendu mon permis de conduire.
Plus de compte en banque. Juste un carnet d’épargne. Une carte de retrait limitée.
Forfait de mobile bloqué. Rien à foutre. Je l’aurais bidouillé. Avec des copains geeks !
À moi les soirées débridées. Les conquêtes. Avec ou sans lendemain.
J’aurais appris tellement. De cette vie. Nouvelle. Qui s’ouvrait à moi.
Avec tout ce que j’en savais déjà.
J’aurais peut-être même rencontré. Une femme.
Avec qui une autre vie. Aurait pu voir le jour.
S’il n’y avait pas eu l’erreur.
De l’employé d’état civil.
S’il avait été un peu plus sympathique.
Comme l’encre.
Qu’il aurait dû employer.

« Le cours de la vie ne laisse pas d’autre choix. Que le suivre. Sauf si on fait preuve d’imagination. De ce qu’il faut de folie. Pour être à contre courant. »
Léo Myself

 

 

 

 

 

 

 

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