La zapette

Quelle superbe invention. Qui permet de choisir. De s’intéresser seulement. À ce qui est intéressant. À ce qui nous plait. Nous distrait. Nous rend le moment plus léger.
Nous évite les questions. Sur nous. La vie. La mort. L’amour. Et Dieu dans tout ça ?
Tu veux du sport ? En voici en voilà ! Des infos en boucle, douées pour faire du vide avec du rien ? Appuie ! Tu commandes. Ignorer le sort du monde. Écarter ce qui gène. Effacer ce qui dérange. Rien de plus facile. Appuie !
On lui consacre même une émission TV. Une saucissonnade. D’instants découpés. Tranchés. Dans le vif de l’actu. Du direct live exclusif ça se passe en ce moment même. On s’emmerde ? À force d’être exposé à cette inanité ? Qui s’auto-reproduit ? Appuie !
Tu as le choix. Grâce à cet engin magique. Tu sélectionnes. Tu décides.
Ce serait formidable. Si c’était vrai. Si chaque bouton représentait une véritable alternative. Si on n’était pas. Dans un énorme jeu de miroirs. Se renvoyant. L’un à l’autre. En nous laissant penser. Que nous décidons du programme.
Alors que c’est juste la mort. De notre liberté. Réelle. Autonome.
Parce qu’elle nous attache. Irrémédiablement. À l’écran. À sa vacuité.
Au lieu de nous. Laisser aller. Vers la vie.
J’en ai une. Moi aussi. Comme tout le monde.
Une zapette.
Je ne l’utilise plus.
Depuis ma découverte. D’une autre.
Imprévue. Surprenante. Insaisissable. Généreuse. Spontanée.
Je ne sais jamais. Quand elle va changer. De chaîne. D’histoire. De scénario. De version. J’aime ça. Me sentir dépossédé. De tout contrôle.
Exposé. À toutes les surprises. Au moindre contrepied.
Enfin ! De l’oxygène. Celui qui fait respirer. Qui donne du souffle.
Qui aère. La tête. Les artères. Le cœur.
Qui dilate la vision. Qu’on a du monde.
Qui rétrécit. Celle de notre nombril.
Quand les convictions volent en éclats.
Et deviennent autant de questions.
Quand le bonheur remplace le confort.
Quand le film n’est pas celui attendu.
Quand le début ressemble à une fin.
Et la fin à un début.
Quand on reste en suspens.
De ce qui va suivre.
On peut se dire alors.
Qu’on a un vrai trésor.
Rare. Unique.
Dont il devient impossible.
De se zapper.

« Changer pour changer est un leurre. Quand on n’a pas le choix. De pour quoi. On veut changer. Seul, pour qui, a un sens. Celui de la liberté. »
Léo Myself

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