Contre-plongée

J’en rêve. Depuis toujours. J’en ai connu. Avant. Des rencontres inoubliables.
Pas une seule qui m’ait laissé. Sans émotion. Sans souvenirs. Marquants.
Ce qui explique sans doute. Le manque. Et son inévitable compagne. L’envie.
Je la comble. Comme je peux. La tête en l’air. Souvent. Pour admirer les courbes. Les encorbellements. Les détails. Les volutes. La finesse. Des armatures. L’étonnant contraste. Un matériau rigide. Presque inflexible. Accouchant d’une dentelle. Aux arabesques évocatrices.
Je reste émerveillé.
J’aime. Quand on y voit du monde. Pas trop. Juste assez. Pour attirer le regard.
Pour tenter. D’éprouver le plaisir. D’y être. De profiter. De ce qu’on y trouve.
De ce qu’on y découvre. Des sensations. Qu’on s’y procure. Des frissons.
Qui nous y transportent. Jamais les mêmes. Souvent semblables.
J’aime l’idée. De m’y installer. Comme en suspension. Dans l’espace. Comme dans le temps. D’y explorer. D’autres points de vue. De laisser y vagabonder mon imagination. D’y inventer. D’autres perceptions. Du monde. De la vie.
J’aime le vertige. Que j’y ressens. Le trouble provoqué. Par cette attirance.
Qui me hante. Me happe. Et ne me lâche plus.
J’aime croire. Aux chemins d’amour. Qui s’y sont ouverts. Roméo et Juliette. Cyrano de Bergerac. Tristan et Yseult. Figaro et Rosine. West Side Story. Ruy Blas et Doña Maria de Neubourg…
J’aime qu’il s’agisse d’un lieu privilégié. Pour s’y régaler d’opéra, de théâtre ou de ballets. Plaisir sublimé. Par la hauteur. Des mots. De la musique. Des entrechats.
J’aime m’y sentir. Comme si j’étais seul au monde. À la proue du Titanic. Y lever les bras. Et m’exclamer Je suis le roi du monde !
J’aime l’illusion qu’ils m’offrent. De dominer. D’observer. De jouer presque. Avec les destins. De ceux qui défilent sous mon regard.
Et la fragilité. À laquelle ils m’exposent. La tentation. De me laisser glisser. Dans le vide qu’ils surplombent. Ou de lever les yeux. Vers un ciel. Jamais aussi proche.
Oui, j’aime.
Les balcons.
J’aime l’espace inédit. Dont ils me font présent.
L’ouverture intense. Qu’ils apportent.
À ma vie.
J’aime les balcons.
Parce qu’ils m’accueillent.
Dans les pas. De leur histoire.
Me protègent. Dans leur cocon restreint.
Et qu’ils m’abreuvent.
D’horizons. Sans fin.
J’en rêvais.
Je n’en rêve plus.
Bientôt. Je regarderai la vie d’en haut.
Fini la contre-plongée…

 

« Chaque fois, les balcons m’emportent vers une évasion dont j’ignore la durée. Le but. La raison. Parce qu’ils expriment toute la poésie. Dont je voudrais être capable. »
Léo Myself

Publicités
Cet article a été publié dans MÉTÉO INTÉRIEURE. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s