Clair/obscur

clair obscur proserestanteOn ne sait jamais. Ce qu’ils vont devenir. On se contente de les savourer.
De profiter de tout ce qu’ils nous offrent. De vivre la jouissance de l’instant.
Eux-mêmes ignorent leur possible destin. Tel un spermatozoïde obsédé par son objectif. Uniquement habité par le bonheur. De faire partie de la course.
Ou comme la chrysalide. Inconsciente de sa chance. D’avoir échappée au bec vorace d’une linotte de passage. De pouvoir se transformer en papillon.
Je suis sans doute ce papillon. Attiré par la lumière. Plus elle apparaît brillante, plus je m’efforce de l’atteindre. Parce que je sais bien que c’est elle. Elle seule. Qui pourra en faire ce qu’ils ne sont pas encore. Qu’ils ne seront peut-être jamais.
Tous ces moments.
Que j’aurais dû ne jamais connaître. Si les circonstances en avaient décidé autrement.
Mais je suis ce papillon.
Ces moments sont ma vie. La font. Ou la défont. À mesure quelle se déroule.
Ensuite… Ensuite, en vieillissant, ils se changent en souvenirs.
Ombres portées. De nos moments d’hier.
On ne les voit pas. Tant qu’on s’en goinfre de leur vivant. Tant qu’on est face à la lumière. Non qu’on soit aveuglé, bien que ça puisse arriver. Parce qu’ils sont derrière.
C’est le propre d’une ombre.
C’est seulement le jour où l’on se retourne. Qu’on les aperçoit. Plus ou moins nettes, précises et conformes. À l’original. Tout dépend de l’intensité. De la lumière. Du moment. Lorsqu’il en était encore un. Et pas déjà un souvenir.
Parfois, il n’y a rien. Normal, la lumière était artificielle. Factice.
Les moments n’ont pas vraiment existé. Simples illusions. Purs artefacts. Bien qu’on y croit sur le coup. Mais cette lumière n’était qu’un miroir. Aux alouettes. Reflétant ce qu’on voulait nous donner à imaginer.
Il suffit alors d’appuyer sur l’interrupteur. Pour mettre fin à la supercherie. Et plonger dans l’obscurité du néant. Les moments en question comme leurs ombres.
Plus rien à voir. Plus rien à se souvenir. Ni à oublier. Puisque rien n’était vrai.
À part la douleur. La tristesse. D’avoir pensé vivre ce qui n’était qu’un double jeu.
Un théâtre d’ombres. Disparues en même temps que leur marionnettiste…
Curieusement, il en reste, malgré tout, une trace. Une blessure. Qui ne se refermera pas. Pour cicatriser, il faut de la chair et du sang.
Des tripes et du cœur.
Pas du vent. Ni de l’air.
Surtout l’air de rien.
Ou de faire semblant.
Dans ce cas.
Je me dis.
Ferme les yeux.
Ferme ta gueule.
Et marche à l’ombre

« Il n’y a pas de moments sans vérité. Pas plus qu’il n’y a de souvenirs sans réalité. Sinon, ce ne sont que des mirages. »
Léo Myself

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