Wanted

WANTED

J’ai vérifié. Ce n’est pas la pleine lune. Pas encore. Pourtant les soirées s’enchaînent. Et se déchaînent. Dans le même genre.
Bien sûr, le décor a changé. Les protagonistes aussi. Mais l’histoire se répète. À sa façon. Prenant des libertés. Avec l’intrigue. Inventant le scénario. À mesure qu’il s’écrit. N’empêche, encore une fois. Je me sens en danger.
Au début, je ne me suis pas douté. Du traquenard. Qui m’attendais. Je suis arrivé là. Presque par hasard. Au milieu de ce groupe.
Ambiance Far West. Je me pose. Un peu à l’écart. J’observe. J’écoute. Une discussion commence. Quel marché vaut le déplacement ? Ou plutôt s’est bien le marché à Trucmuche, ont le connais pas… Je n’imaginais pas la suite.
Derrière cette anodine question se cachait un gang. Redoutable. J’ignore pourquoi.
Je suis intervenu. Un accord sonnant faux. Un participe un peu trop passé. Un regard sans ponctuation… Va savoir. Brusquement, je suis en alerte. Je n’attends pas. Je tire le premier. Avec mon arme favorite.
Mon Bescherelle 45. Il ne manque jamais sa cible. Une fois de plus. Il fait mouche. Pas suffisamment. Ils sont blessés. Certes. Pas assez. Pour leur clouer le bec. Définitivement. Ça défouraille à tout va. Je ne les vois pas. Mais je les reconnais. À leur façon de flinguer. Ce sont les chasseurs de rimes. Les marshall de l’ombre. Les pourfendeurs de langues.
Otto Graff. Johnny Kenytate. Tex Tow. Bon Cyntaks. Et leur chef. Sam Soul.
Je me fais allumer sans ménagement.
La grosse artillerie : « couillon », « pauvre vieu », « espesse de prof de francais », « ta vie de merde, je te la laisses », « frustrer de l’intelligence », « t’a rien d’autre à foutres », « fait pas chié »… Devant cette violence, je n’ai pas le choix. Des armes.
Ils l’auront voulu. Mon Littré à double canon dans une main, le Robert Magnum dans l’autre, je fais feu de tout bois. Je balance une rafale d’imparfait du subjonctif, suivie d’un pluriel des mots composés.
Cher. Je la vendrai cher, ma peau. Bande de chacals. Ou de chacaux…
Ils tentent de riposter, à coup de « boloss » et autres « bourjoi ».
Dans ce déluge de projectiles, j’aperçois une issue. Ils n’ont pas gardé leurs arrières. Ni les miens. Je tente une feinte. M’astreignant à l’abstinence. Plus rien. Motus et pétard cousus. Comme si j’avais disparu. De cet affrontement. Malgré tout, ils continuent. À épuiser leurs munitions.
J’en profite. Je m’éclipse. Je les laisse. À leurs fusillades. Aussi vaines qu’énervées.
Réfugié au sommet du Lagarde & Michard, je les regarde.
Je m’amuse. De leur acharnement. Ignorant qu’ils n’ont plus de cible.
Ils continuent leur fusillade. Sans savoir qu’ils déciment leurs propres rangs.
J’ai quitté mes santiags. Raccroché mon cache-poussière. Posé mon Stetson.
Je me suis endormi. Une lancinante mélodie d’harmonica dans l’oreille.
À mon réveil, machinalement, ma main a cherché.
Où j’avais fourré. Les verbes irréguliers.
Je me suis souvenu.
Les avoir laissés derrière moi.
Au cas où.
Ils me poursuivraient.
Pour les ralentir.
Voire les arrêter.
J’avais envie de savoir.
J’ai fait demi-tour.
Aucune trace.
Pas d’explosion.
De curiosité.
Aucun impact.
De culture.
À peine quelques traces.
De blessures.
D’amour propre.
Au loin, j’entendais le bruit.
Du combat qu’ils livraient.
Encore.
Contre leur bêtise.
Ils n’ont pas gagné…

 » L’ethnologie suppose d’accepter les croyances. Y compris des peuplades les plus reculées. Par exemple, la tribu des BordeauxWANTED#bons plans : si t’es Bescherelle, t’es pas rebelle. À méditer.  »
Léo Myself

 

 

 

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