Avant l’heure…

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Je le savais. Dérèglement annoncé, attendu.
Rabâché par les médias. Remâché par nos synapses. À force d’en parler, on le rend vivant. Avant même sa naissance.
Anticipation. C’est le mot juste. Ses effets se manifestent. Dès lors que l’on sait. Quand il va se produire. Impatience inhérente à notre nature ? Crainte de louper le coche ? D’être largué, décalé, plus dans la course, le moment venu.
Survient alors l’étrange. Initiatives, comportements, discours, agissements. Bizarres.
En avance par peur d’être en retard. Tétanisé à l’idée d’en « perdre » une seule.
Sur les 42 000 000 qui sont le lot moyen d’une vie. 1 sur 42 millions. Et nous voilà aussi affolés qu’un papillon pris dans la lumière. Conjugué à la nouvelle lune du moment, c’est vite la fête de l’obsession. Du temps. Gagné, perdu, retrouvé.
Et des questions essentielles : fera-t-il encore jour pour l’apéro ? Mes croissants du matin seront-ils synchros avec ceux de l’astre sélénite ? Faut-il attendre pour pointer au boulot ? Et le tram, les bus, les trains, les avions vont-ils savoir ? Que leurs horaires ont changé. Et tous mes appareils ! Ils se démerdent ? Seuls. Ou c’est à moi. De leur faire jouer « Retour vers le futur ». Au passé de moins en moins simple.
Quel bordel ! De quoi perdre toute notion.
Qu’adviendra-t-il hier alors que demain est déjà passé ?….
Sans parler des naissances à ce moment-là !… « Non, je ne peux pas vous monter votre bébé, il n’est pas encore né. Mais dans 2 minutes, il le sera depuis 1 heure… »…
Moi-même, j’avoue avoir été un peu tourneboulé. Jusqu’à tenter l’impossible. C’était le 26. Le 26 octobre. Une date importante. D’autant plus que j’en garde la trace. En haut de mon bras gauche. J’ai donc voulu célébrer son anniversaire. En y déposant un baiser. Oui. Sur le haut de mon bras gauche. J’ai bien essayé. Tout. J’ai changé de fuseau. Je me suis écartelé. Entre les secondes qui fuyaient. Les minutes qui s’en amusaient. Les heures indifférentes à mon numéro de contorsionniste. Rien à faire. J’ai dû me rendre à l’évidence. Infaisable. Merde !
J’ai donc décidé d’attendre. Pour profiter de la faille spatio-temporelle à venir.
Quelques jours. Pas plus. Autour de moi, le monde s’agitait. Prenant déjà ses dispositions. Allant jusqu’à régler le réveil à 3 heures du matin. Aujourd’hui.
Pour ne pas oublier de la modifier.
Moi, j’ai simplement attendu. Qu’elle soit là.
Cette heure à laquelle on allait faire cadeau.
De 60 minutes supplémentaires.
À l’instant T, j’ai pris ma montre.
Fait accomplir un tour de cadran aux aiguilles.
Il était donc 2 heures.
Et plus 3.
Mon regard s’est porté sur cet endroit.
Le haut de mon bras gauche.
Et je lui ai dit :
« Tu vois avec un peu d’imagination,
On fait des miracles.
Dans une heure, je t’ai embrassé.
Avec un peu de retard, certes.
Mais mieux vaut tard que jamais.
Alors, dans une heure, ne t’étonnes pas.
Si je ne t’embrasse pas.
Puisque je l’ai déjà fait ».
Je me suis dit que j’avais changé.
Depuis quelques temps.
J’ai changé.
Mais je ne sais toujours pas.
À quelle heure…

« Avant l’heure, après l’heure… Quelle est donc la bonne heure ? Peut-être, tout simplement, quand le bonheur est là. »
Léo Myself

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