La chocolatine

Je me souviens. C’était il y a longtemps. Quand j’étais enfant.
Le dimanche matin, pour le petit déjeuner, on avait des viennoiseries.
J’adorais ça. Surtout la chocolatine.
Ailleurs on dit pain au chocolat.
Je préfère chocolatine. C’est plus tendre.
Je me souviens.
À cette époque, il y avait une seule barre de chocolat. Aujourd’hui, deux.
Je ne sais plus à quel moment la boulange a décidé ce changement.
Deux barres.
Deux fois plus de plaisir ?
Ou le plaisir d’avant divisé par deux ?
Je n’y avais jamais réfléchi auparavant. C’est seulement ce matin en regardant ma chocolatine avant de la déguster.
Que je me suis posé la question.
Sans doute aussi parce qu’un brin de mélancolie m’habite en ces premières heures dominicales.
Parce que je suis un peu moins « deux » que ces derniers temps.
Provisoirement, j’espère.
N’empêche. J’y pense.
Que se passerait-il ? Si, demain, il n’y avait, à nouveau, plus qu’une seule barre de chocolat ? Retrouverions-nous le bonheur que nous connaissions alors ? Serions-nous dans le regret perpétuel de ce que nous avions vécu entretemps ?
Finalement, j’ouvre la chocolatine, je rapproche les deux barres pour n’en faire plus qu’une.
Je savoure ce bonheur redoublé.
Même si je sais qu’il serait encore plus grand.
Si nous étions deux.

« Le plaisir est le bonheur des fous, le bonheur est le plaisir des sages »
Barbey d’Aurevilly

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Le Vcub

Génial. Ça paraît l’être. Ça pourrait l’être.
Le Vcub.
Aller d’un point à un autre, en toute liberté.
Sans se soucier de disponibilité, de stationnement, de l’état de ses pieds ni de celui de son alcoolémie.
Ça pourrait l’être.
Si ces putains de stations n’étaient pas HS aussi souvent. Toujours au pire moment.
Genre 3 heures du mat’. Quand on rêve de son lit. Qu’elles nous disent «station en panne». Ou qu’il n’y a plus d’engin dispo alors qu’on les voit tous alignés sous nos yeux. Ou qu’il n’y en a vraiment pas…
On a beau essayer de lui expliquer, à la station, qu’on est fatigué. Qu’on veut renter se glisser sous la couette. Qu’elle pourrait faire un effort et nous en filer un puisqu’il sont là.
Bien rangés. Prêts à se libérer de leurs chaînes. Pour nous libérer de la corvée d’un retour aussi pédestre qu’épuisant…
Sourde oreille. Ou alors elle s’est prise une grosse cuite.
Elle aussi.
Comme hier soir. Et il commence à pleuvoir.
Et pas le moindre Vcub à l’horizon de mon désespoir…
Dans ces cas-là, j’aimerais être un oiseau.
Pas un aigle, ni un condor.
Juste un pigeon. Un pigeon voyageur.
Pour voyager. Partir.
Loin. Très loin.
Beaucoup plus qu’avec un Vcub en tout cas.
J’aime cette idée.
Ça me donne des ailes.

« La vie, c’est comme la bicyclette. Il faut toujours avancer pour garder l’équilibre » Albert Einstein

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Le gâteau basque

Du sucre. De la farine. Des œufs. Du beurre. Une pointe de sel. Un peu d’anis et d’amande amère.
C’est simple un gâteau basque.
C’est peut-être ce qui le rend si délicieux, si craquant, si moelleux, si unique. Mais, unique, ça peut aussi vouloir dire seul…Et il se sent seul le gâteau basque. Il se sentirait. S’il n’y avait pas la cerise.
La petite cerise d’Itxassou, pas très charnue mais au parfum délicatement persistant et à la saveur inimitable… Bien sûr, elle se met souvent en compote, mais en fait c’est pour pouvoir rester plus longtemps avec lui. Il n’en fait pas une confiture. Il apprécie tellement la douceur qu’elle lui donne ainsi… Bien qu’il la préfère en chair et en sucre avec sa jolie robe de satin pourpre. Il la préfère de toutes les façons. Avec ou sans noyau, mais dans ce cas il faut être prudent et ne pas la croquer à pleines dents. Pour en apprécier toute la suavité, il faut la caresser du bout des lèvres, y déposer presque un baiser.
Si elle le pouvait, elle en rougirait. De confusion. De plaisir aussi.
Le plaisir de s’allonger sur la tapisserie soyeuse et dorée de cette belle pâtisserie…et la faire croustiller de désir jusqu’à ce qu’elle fonde d’émotion !
C’est la vie.
La vie d’un gâteau basque et de sa jolie cerise.
Moi aussi.
Je veux être un gâteau.
Basque.

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Torture…

Julio Iglesias. Dalida. Le supplice suprême infligé aux opposants du régime Pinochet.
La plupart du temps, un tube peut donner envie de chanter. Rarement de parler. Encore plus rarement de se mettre à table.
Le pire, c’est que ça semble avoir été efficace.
« Bambino » et « Je n’ai pas changé » à fond les ballons, les victimes de ces pratiques inhumaines avouaient tout et n’importe quoi.
Que les impôts n’allaient jamais augmenter. Que François Hollande serait un jour Président, que Lance Armstrong se dopait… N’importe quoi, vraiment.
Suggestion aux forces de l’ordre : vous disposez aujourd’hui d’un arsenal bien plus puissant qu’à l’époque. Les Cht’is à Miami, Nabila, L’ile de la Tentation, Céline Dion, Patrick Fiori… de quoi faire craquer les plus résistants des malfrats et révolutionnaires de tout poil.
Souvenirs. D’il y a plus de 40 ans. 1971, exactement. Orange Mécanique. Chef d’œuvre de Kubrick dans lequel Alex est torturé, en musique lui aussi, par la 9ème symphonie de Beethoven.
Dalida côtoyait à peine les hits et Julio hésitait encore entre une carrière de footballeur et celle de chanteur de charme.
On n’avait donc que ce bon vieux Ludwig Van.
Les temps changent.
Je crois que je vais remiser brodequins, estrapade et autre poire d’angoisse.
Les temps changent.
Vraiment.

« Si elle est totalement condamnable, la torture est toujours à l’image de la société du moment : plus ou moins créative et raffinée »
Léo Myself

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Silicone

Des fermes. Des tendus. Des tout neufs. Des qui vous sautent aux yeux. D’autres moins. Des gros. Des très gros même. Des en cadeaux d’anniversaire. Ou de rupture.
Sait-on jamais.
Hier soir, je m’amusais à les repérer.
Il y en avait plus que j’aurai cru.
Extension du domaine de la pute.
Le terme est peu cru, c’est vrai.
Mais que dire d’autre devant cette débauche de faux seins payés comptant.
Content celui qui, par ce biais-là s’offre quelques moments de plaisir et un bail d’occupation longue durée.
Contente aussi celle qui la prolonge. La durée. De sa jeunesse. Par l’entremise de quelques grammes de silicone.
Qui pèsent bien plus lourd que ça dans la balance de leur vie.
C’était une soirée caritative. Sous forme de vente aux enchères.
Petite récolte. Peu d’engouement. Des oursins dans les poches.
J’avais envie de jouer au chirurgien.
Collecter cette ribambelle de lolos en plastoc.
En faire don à ceux dont la vie est souvent de bric et de broc.
Mais pas en toc.

« Le problème essentiel avec les poitrines refaites en silicone, c’est le problème de contagion. Elles sont trop près du cœur » 
Léo Myself

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La pilule

Bleue. Rose. Blanche. Jaune. J’en suis cerné.
Ce matin au petit-déjeuner. Chacun son arc-en-ciel de pilules, son camaïeu de comprimés.
C’est sans doute à ça qu’on le voit. Qu’on vieillit.
Plus ou moins. Mais quand même.
En fait quand on a davantage de quoi se sustenter à coté de sa tasse à café que dedans ce n’est pas vraiment très bon signe.
À l’image de la vie. Il arrive un moment où  ce que nous avons fait tend à la remplir plus que ce qu’il nous reste à faire.
C’est ce qu’on veut nous faire croire.
Sauf si on arrête de regarder uniquement en arrière. Même si elle se réduit de jour en jour, la route à parcourir est toujours là. Avancer l’œil dans le rétroviseur c’est le meilleur moyen de rater un virage d’espoir ou de se prendre un mur de morosité.
Aller de l’avant, avancer, profiter de chaque instant.
Ils sont beaux. Ces instants.
Parce qu’ils sont encore à venir.
Et que ça les maintient loin.
Le plus loin possible.
Le plus longtemps possible.
Les petites pilules.
Je me sens comme un grand verre de jus d’orange.

« Dans la vie, si on veut faire passer la pilule, autant en prendre le moins possible »
Léo Myself

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Superstition

Trèfle à quatre feuilles. Fer à cheval. Patte de lapin. Croiser les doigts. Toucher du bois.
C’est bon, je suis équipé. Paré pour le grand jour !
Le premier de l’année. Faut surtout pas manquer cette occasion.
De tout changer. Vite un flash. Vite une grille. Vite, grattons.
Quelques secondes à peine. Pour croire, espérer.
Que tout va changer. Pour tout miser sur cette chance.
Cette chance unique.
Parce que c’est sûr, il y aura un gagnant. Forcément.
Un gros. Un très gros gagnant.
Je peux même vous donner son nom : la Française des Jeux.
« Panem et circenses », c’est vieux comme le monde. Au moins depuis les romains. Du pain et des jeux.
Du pain pour remplir les estomacs, des jeux pour remplir les esprits. Les occuper plutôt. Pour qu’ils ne cherchent pas à penser autrement. Qu’ils n’essaient pas d’avoir des rêves de liberté, de justice, de partage des richesses.
Les jeux sont là pour ça. Ils redistribuent, de temps en temps, des miettes dorées. Qui entretiennent l’illusion qu’un jour, vendredi 13 ou pas, ça peut être notre tour.
Aujourd’hui, j’ai gagné.
Pas très gros.
Deux euros.
Mais je les ai gagnés.
Puisque je ne les ai pas joués.

« Je ne suis pas superstitieux parce que ça porte malheur »
Léo Myself

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